vitrail_1914_1918_Ports sur VienneCe mercredi 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice de 1918, et jour de la fête de saint Martin, notre diocèse invite les fidèles à s’interroger sur le sens de ces deux anniversaires au cours des messes du matin…

« Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » disait le Maréchal Foch.

En cette année 2015, près de 100 ans après la conclusion de l’armistice qui a mis fin à un conflit d’une violence inouïe, nous honorons, une fois de plus, le devoir de mémoire. Nous voulons ainsi mieux nous orienter en ces temps si incertains que nous traversons, mieux tracer ensemble les routes de l’avenir.

Sur nos terres tourangelles, ce devoir de mémoire se charge aujourd’hui, d’une note particulière. Comme chaque 11 novembre, nous faisons mémoire de saint Martin, ancien soldat romain devenu évêque de Tours. L’ex-voto que le Maréchal Foch a fait poser en la basilique Saint-Martin après l’armistice nous le rappelle. Surtout, ce 11 novembre 2015 marque le début des festivités du 1700e anniversaire de la naissance de Martin à Szombathely (prononcer « Zommebataille ») en Hongrie.

Par-delà les siècles qui nous séparent, la figure de ce soldat de la paix continue à nous interpeller. Tous, nous avons en mémoire le geste du manteau partagé avec un pauvre, rencontré au détour d’un chemin, aux portes d’Amiens. Derrière l’image quelque peu convenue à laquelle nous avons fini par nous habituer, se cache un geste prophétique, une lumière pour notre temps.

Un inconnu est là, à la porte. Des vêtements de poussière, une odeur de misère. Il tend la main. Cet homme en guenilles qui barre le chemin pose une question. Martin ne se dérobe pas, il ne détourne pas le regard. Tout au contraire, son regard donne à cet inconnu d’exister, d’exister pour quelqu’un, de valoir pour quelqu’un. Martin, dans ce geste maintes fois représenté, donne et partage. À partir de ce coeur fragilisé sous la cuirasse du soldat, à partir de l’inconfort d’une tunique déchirée, une parole va être dite dans la nuit, une reconnaissance va être faite, un sens va être donné. Bravant les usages et conventions, Martin nous rappelle ainsi la priorité de l’humain, la force du témoignage et de la rencontre personnelle. En pleine période de guerre, il construit la paix.

Ce geste, si ancien et pourtant si actuel, jette une lumière parfois crue sur les situations qui aujourd’hui appellent une réponse exigeante, difficile peut-être, mais courageuse de notre part ; qu’il s’agisse des minorités persécutées à travers le monde, de ces milliers de migrants qui frappent à notre porte et que notre inertie condamne à une mort certaine, ou tout simplement de tous ceux que nous côtoyons et qui sollicitent de notre part une parole, une reconnaissance, une soif de dignité. Nous ne pouvons pas répondre seuls à ces immenses défis. Nous ne pouvons pas non plus nous dérober en nous disant que ces situations nous dépassent. Nous pouvons au quotidien être des bâtisseurs de paix.

Pour chacun d’entre nous, les deux morceaux du manteau partagé de Martin constituent un appel à une humanité recousue au-delà des déchirures, une invitation à recoudre les relations dans une société distendue. Ces morceaux du manteau déchiré disent le projet d’une humanité solidaire, réconciliée et pacifiée.

Puissent l’exemple de saint Martin de Tours, l’exemple de ces milliers d’hommes qui ont donné leur vie et dont les noms restent à jamais marqués sur les monuments aux mots de nos communes, l’exemple des soldats qui aujourd’hui encore oeuvrent sur les terrains d’opérations extérieures, nous stimuler à relever ensemble le défi de la paix et de la solidarité.

Et voici l’éclairage du père Xavier Gué, recteur de la basilique Saint-Martin :

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